Keelhaul kill all
Je me souviens, ce jour que j’aime à imaginer radieux où j’appris l’excellente nouvelle du retour de Keelhaul en Europe. Mon petit coeur de mélomane dilettante a bondi dans sa puissante cage thoracique en faisant des petits tzoïng tzoïng, à moins que ce soit ma tachycardie d’ivrogne occasionnelle. Quoiqu’il en soit de ma santé cardiaque, je me suis fendue d’un email à Will Scharf sur le champ, je lui avais déjà proposé de faire une tournée de posters pour Keelhaul alors que des rumeurs courraient sur leur éventuelle venue, et il avait l’air chaud bouillant, malheureusement ils sont restés à Cleveland-OH-USA ce coup ci, mais le premier contact était pris (en fait le premier vrai contact, c’était plutôt celui là, mais on va dire qu’il ne compte pas). Et là, tout pareil, le Scharf revient enthousiaste vers moi avec des great et des youpi, et j’ai donc commencé à mettre en place le bouzin, en faisant des petits bonds partout.
Pour faire monter la pression, rien de tel que de suivre quasiment en direct la tournée à distance, Will m’envoyait des emails des différents endroits où ils jouaient. Quand le 2 décembre est enfin arrivé, j’étais pire qu’un mioche la veille de noël, la bière s’est avérée nécessaire voire vitale pour éviter que je ne me vomisse dessus de stress quand j’allais devoir le saluer et le remercier pour tous les designers impliqués dans l’histoire. Le 2 décembre, donc, je prends mon Ours sous le bras, et direction le BT59, où je n’avais pas foutu les pieds depuis Unsane il y a deux ans. On fait la queue avec le bas peuple pour choper nos invitations, et à peine entrés dans la salle que Keelhaul entame son set, et on va vite comprendre que heureusement qu’on s’est pas encore plus plantés sur la route (oui, on aime bien faire des détours inutiles, alors qu’il pleut et qu’il fait froid, mais ça permet de tomber sur de bons conseils), parce qu’en fait de set, Keelhaul ne jouera que 6 morceaux, pas un de plus. Alors oui, évidemment c?était vachement bien, merde c?est Keelhaul ! 4 mecs qui ne ressemblent presque à rien ou plutôt que à eux, qui ne font une musique qui n’est propre qu’à eux, avec des mimiques bien à eux. Mais un set beaucoup, beaucoup trop court, dans une salle beaucoup, beaucoup trop grande avec un public acquis à la cause d’Isis, on peut rêver bien mieux pour un groupe de cette trempe. Le concert n’a rien eu à voir avec les prestations au Confort Moderne ou à l’Heretic, où je les avais déjà vus auparavant, dans une bonne ambiance générale, le son qui décoiffe, et un set digne de ce nom. Non, ce soir c’était 6 morceaux, point barre, ils ne sont que la première partie. Frustration. Le mot est faible, j’en aurais voulu trois fois plus, dans trois fois plus de merdier, comme on peut voir sur les videos du concert de Montpellier qui trainent sur internerd, CA, c’est Keelhaul en concert ! D’autant plus qu’une fois le concert terminé (je parle uniquement de nos chers freaks de Cleveland, pas des gros nazes mous d’Isis ou les cakes pseudo-psychés de Circle), une fois que les derniers accords cataleptiques de Isis se finissent en eau de boudin, on n’a même pas eu la murge promise par Scharf, joyeux buveur fondateur des hangover managment classes, parce que de gros balèzes antipathiques nous viraient sans ménagement du BT, pas très ok pour qu’on se bourre la gueule dans cette salle trop propre, trop lointaine, trop impersonnelle. Du coup on a raté le dernier tram pour une unique Heineken de l’amitié, avec Yohan Radar, Rica, mon Ours rebaptisé Marc-Jon par Will pour l’occasion, et hop dehors les pouilleux. On a fait la route sous la pluie, à pied, j’étais déçue de la tournure de cette fin de soirée que j’imaginais plus rigolote avec ce qu’il faut de « hin ?! what ?! » et d’incompréhensions noyées dans la bière. Je me couchais fermement décidée à me rattraper le lendemain à Paris où je me rendais avec l’intuition persistante de faire une connerie financière.
Un aller retour paris-Bordeaux, le métro, la bouffe, les bières parisiennes, bien vu, je me suis foutue dedans, et bien, vu que je n’ai effectivement vendu que 2 posters ce soir là. Ce genre de concert n’est absolument pas propice à mes petits commerces underground, c’est pas la place qui manque pourtant, mais sans aucun doute un peu de considération pour le boulot fait, aussi on se retrouve encore une fois, avec les designers présents (Massakeur, Oli TTDMRT, Synckop, Lente Chris, Cougar) réduits à accrocher au scotch (hérésie) notre production à la grille au dessus de nous, squatteurs quasi indésirables, je me suis sentie comme une pique-assiette qui n’avait rien à foutre ici, et autant vous dire que ça m’a sacrément foutu les boules. Heureusement, les copains sont là, et Keelhaul aussi.
Je me retrouve au bout de 2 morceaux devant la scène avec Massakeur, ce sale gitan de Oli et ce bisouteur de Greju pour secouer en rythme nos boites cr?niennes au rythme pourtant difficile de Keelhaul. Vlan, les six morceaux passent comme un rêve, à peine le temps de finir ma bière et je faire fiou ! que c’est déjà fini. Et comme la veille, j’ai eu envie de déplacer les amplis, le groupe sous le bras, se casser à la Miroiterie et remettre ça, correctement ce coup ci, avec de la bière à un prix non prohibitif (au Trabendo, c’est 4 euros la canette de heini, même pas de la putain de pression , et ce avec la gueule de 5 mètres de long de serveurs o combien désagréables). Vu que j’étais la chouchoute de Will, ça sert au moins à ça de faire du poster, il m’a abreuvée aux frais de la princesse, en se trompant parfois de gobelet ce qui m’a amenée à boire un mélange de bière et de ce qu’on a finalement défini comme étant du rhum (il y a plus de nez dans la scène musicale que chez Chanel pour ce genre de parfum), au fur et à mesure de ma soulographie retenue, je me suis fait la réflexion, avec Massakeur, que on parle mieux le bourré quand est américain, et vice versa, puisque je comprenais tout à coup tout ce que disait Scharf, alors que 2 heures avant s’il m’avait causé mandarin que ça aurait été la même. Mais le temps passe décidément trop vite dans ces salles là, et à peine Isis avait fini de chier, que comme à Bordeaux on se fait foutre à la porte prématurément, Will a eu bien du mal à nous défendre contre les lascars patibulaires engagés pour virer les récalcitrants. Je prends le numéro de Will, écrit en corps 250 au bic sur un format A3, pour le choper après et enfin boire ces litres de houblon dans de bonnes conditions, entre potes. Mais là, ô désarroi, il nous dit que c’est pas possible. Consternation générale. Mais pourquoi, demande t-on d’une seule voix geignarde de pochtrons frustrés, et bien figurez vous mes chers amis que l’hôtel des groupes était à ouane aoueur d’ici -OUANE AOUEUR ?! fait le choeur des pochtrons- tout ça parce que ces gros cons de Isis exigent du 3 étoiles. Ha mazette, on est loin des dessous de tables de Radar Swarm où Keelhaul aimait à s’assoupir une fois les concerts DIY pliés et les futs dument vidés.
Un dernier gros hug avec Will (qui me trouve great, ça je le dis pour me faire mousser, et que je trouve vraiment fantastic, je le dis parce que c’est vrai), que je quitte à contrecoeur, mais avec la promesse ferme de remettre ça bientôt, lors de ces prochaines vacances françaises avec sa meuf et Marc-Jon, tope là, ce coup ci on fera les choses dans les règles de l’art de l’ivrognerie fraternelle. Je lui fais jurer que la prochaine fois qu’ils foutent les pieds ici avec Keelhaul, ça sera dans des petites salles, et sans Isis, ces gâcheurs de soirée ingrats (pas un n’est venu voir les designers, préférant récupérer auprès de Keelhaul leurs posters dont on peut être sûrs qu’ils se foutent comme d’une guigne).
Triple frustration pour votre humble serviteur, montée à la capitale faire fortune et trinquer dignement à toute cette tournée, je m’en fus avec mes compagnons d’infortune vider un ultime godet hors de prix aux alentours de la Villette.
4,70€, on peut dire que Paris lutte efficacement contre l’alcoolisme.

Tanxxx Triple Menton, Will Boule De Billard, Evil Massakeur au top de leur forme