Archives de la catégorie ‘mamas & papas’

  1. Gotham n’est pas seulement cette ville sordide, sale et gigantesque où pleurniche Batman. Gotham c’était aussi un magazine BD dans les années 90. Les meilleures années du monde, les chemises à carreaux, Nirvana, les cheveux sales.
    Dans Gotham, et quand j’avais lu Tunny Head, je me précipitais sur Tank Girl. Tank Girl était belle, irrévérencieuse, punk, vivait dans un tank avec un marsupial burné à sa botte pleine de poussière du désert. Tank Girl était MA référence. Tank Girl a surtout été ce qui m’a poussé à faire de la bédé. Enfin je pouvais espérer écrire un scénario sans avoir l’air débile, enfin un dessin qui me parlait directement, et même des références musicales loin de NRJ ou Skyrock.
    Je rêvais d’avoir ce t.shirt 40 Watts Club, et surtout de dessiner comme Hewlett. Tank Girl est devenu un phénomène de mode, j’ai même vu, affligée, une marque de fringues Tank Girl faire du treillis au prix Dolce Givenchy, puis il y a eu le film, une vraie daube que je n’ai réussi à regarder qu’il y a 2 ou 3 ans avec répugnance (rendez vous compte, Tank Girl part chercher de l’eau avec un kangourou caoutchouteux incarné par Ice T, y’a de quoi avoir envie de gerber sa 33 export tiède).
    Malgré ça, Tank Girl ne m’a jamais quittée, j’ai continué à suivre ses aventures, quelque peu oubliées de ce côté de la manche, sans doute à cause de ce film lamentable, le dessin de Hewlett s’est affiné, est devenu plus anguleux, incisif et noir. C’était de mieux en mieux, et plus j’en lisais, plus j’avais envie de dessiner. Et alors qu’Ankama ressort les aventures de Tank Girl, c’est le moment pour ceux qui ne l’ont jamais connue, et pour ceux qui l’ont trop vite oubliée, de se replonger dans l’Australie post-apocalyptique poussiéreuse, pleine de kangourous qui portent des perf, d’aborigènes drogués, de sergent petite-bite, de nanas qui ont des couilles et de Tank Girl comme reine de ce foutu merdier.


    Nota bene : tiens, je me dis en voyant les fan arts faits jusque là qu’à la vue de ces couples étranges, un psychanalyste pourrait s’en donner à cœur joie…

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  2. Le passage obligé pour moi si je veux me lancer dans une série de Fan Art, c’est bien l’excellent RanXerox de Liberatore. C’est sans doute la première bédé trash que j’ai eue entre les mains. Je lisais à l’époque pas mal de bédés empruntées à la médiathèque locale, à Bressuire (oui oui y’a une médiathèque à Bressuire). Jusque là le truc le plus trash que j’avais eu dans les mains c’était Les Passagers du Vent de Bourgeon où un personnage enterré jusqu’au cou se faisait bouffer par des fourmis. j’étais mioche encore, et ça m’avait marquée. Heureusement, mon intérêt pour Bourgeon s’est arrêté là. Passons. Je dévorais donc n’importe quoi qui n’était pas emprunté, jusqu’au jour o? je suis tombée sur Bon Anniversaire Lubna, les couleurs criardes de la couverture ont dû m’attirer, et j’embarquai la trouvaille. Je me souviens plus si mes parents voyaient ce que je lisais à l’époque mais je me dis maintenant que il y a de fortes chances, vu le nombre de questions qu’ils se posaient. RanXerox a été une révélation, d’abord esthétique. Je me suis évidemment mise à la couleur, essayant d’imiter Liberatore avec le peu de succès qu’on peut facilement imaginer, avec mes pauvres crayons de couleur. Mais surtout, j’avais avec ce livre le frisson qu’on cherche à l’adolescence, quand on va boire des Fischer sur le parking de Mammouth le mercredi après midi ou quand on fume un joint avec ses coturnes d’internat, mais en pire. Là, une gamine de 12 ans se shootait à l’héro et se tapait un robot monstrueux et docile. Je ne le saurai que des années plus tard, mais en plus ça a été le début de mon intérêt pour les étrangetés de Ballard, que j’ai connu par l’adaptation au ciné de Crash par Cronenberg.
    Tout finit par trouver sa place et sa logique, et je suis revenue sur Liberatore comme ça, après l’avoir un peu laissé de côté (encore) pendant mes années aux Beaux Arts. ça m’a alors frappée, comment ces films, livres, bédés que je croyais complètement indépendants les uns des autres, finissaient par se recouper, se faire écho, et comment ils forment aujourd’hui un tout qui pour moi semble indissociable.
    Aujourd’hui, il me semble impossible de voir publier une telle bédé chez un éditeur aussi important à l’époque que Albin Michel, la frilosité des gros, l’autocensure des auteurs, la peur de tout, de se faire lyncher par bêtise (comme confondre le travail et la personne), jamais, jamais une bédé qui met en scène un robot avec une bitte énorme qui se tape une toxico de 12 ans ne sortirait… La même peur qui rend impossible la réédition du fantastique Hitler=SS de Vuillemin, inimaginable un équivalent de Sade, oui je pousse le bouchon mais ça participe à mon avis du même phénomène.
    Que se passerait-il si un auteur proposait une bédé du même acabit que RanXerox à un éditeur aujourd’hui ? Rien. ça resterait dans des cartons.
    Lisez, relisez RanXerox, on peut encore en trouver dans les bouquineries, sur priceminister, dans les bric-à-brac, je ne pense pas que des rééditions soient prévues. Quel dommage.

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  3. J’en parlais dans a note d’hier soir, et me suis dit en me couchant que tiens, c’est marrant, mais cette bédé a dÛ me marquer plus que ce que je pensais. Tartine de Clous, de F’murr, trainait dans les cartons de veilles bédés de « la ruche » (le centre aéré o? j’allais étant mioche), au milieu de trucs plus ou moins de qualité (Prince Mickael d’Orkal, la pire bédé du monde, notamment, que j’ai gardée pour les jours de grand doute). A l’époque je lisais tout ce qui me tombait sous la main, mais les Philemon de Fred et Tartine de Clous de F’murr étaient quand même mes préférés, avec les Frustrés de Bretécher. Evidemment À l’époque pas mal de choses me paraissaient mystérieuses dans ces lectures et j’ai dÛ passer À côté de pas mal d’allusions, mais Fred et F’murr, c’était l’éclate totale. Dans Tartines de Clous, j’adorais le fait que Naphtal&egravene dorme dans une carcasse de baleine au museum d’histoire naturelle, qu’elle soit copine avec un phoque et ne crachait pas sur une balade dans le ventre d’un évêque, faÇon cano?. Je devais pas piger grand chose aux interventions surréalistes de Brahms dans la construction d’une niche, mais tout Ça me paraissait compl&egravetement merveilleux. Et je me dis aujourd’hui, À revoir les personnages féminins de F’murr, qu’ils ne sont sans doute pas totalement étrangers À ce que je fais aujourd’hui, moi qui aurait juré que mes influences étaient moins lointaines.

    A se demander même si j’ai pas suivi À la lettre cette bédé, ahahah :

    tartine de clous

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